Reçu le 18/10/2020, de J. S. via Info@bois-cambre.brussels

Citoyen(ne) habitant la commune de 1000 Bruxelles

Je vous écris pour partager mon mécontentement par rapport à la politique de mobilité actuelle à Bruxelles et mes doutes par rapport au futur de celle-ci.

Permettez-moi de me présenter. Je m'appelle ************* et je vis à Bruxelles (ville) depuis plus de 15 ans au sein du quartier européen (Arts/Loi), après avoir vécu à Schaerbeek. Je travaille à Bruxelles depuis plus de 12 ans après avoir travaillé à Wavre. J'ai complété mes études d'ingénieur civil à l'ULB et auparavant j'ai été scolarisé dans 2 établissements à Uccle et j'habitais alors à Waterloo. Tout cela pour dire que je connais bien Bruxelles car j'y ai étudié, j'y vis, et j'y travaille, ainsi que mon épouse, et qu'ensemble nous sommes de gros contributeurs fiscaux net aux finances de la ville comme de la région.

Je connais bien également les différents moyens de transports et toute une série de trajets liant l'est ou le sud de Bruxelles au centre. J'utilise moi-même plusieurs moyens de transport en recherchant en général le plus efficace. Car ne perdons pas de vue les raisons de nos déplacements : aller d'un point A à un point B, en général le plus vite possible, en payant le moins cher possible et avec un certain niveau de confort. 

Donc je me déplace à pied dans mon quartier, pour des courses ou besoin de proximité, je prends le métro qui reste le moyen de transport public le plus efficace et le moins aléatoire (dommage à ce sujet que son développement reste lentissime car structurellement, cela reste un des moyens les plus écologique à long terme et digne d'une grande ville), il m'arrive de prendre le train pour des déplacement plus lointain, et je prends également la voiture quand il s'agit de me déplacer en dehors de Bruxelles, en famille, en covoiturage, afin de transporter des choses volumineuses ou lourdes, ou simplement quand les alternatives augmentent les temps de trajet de manière absurde.

Et que puis-je constater ?

Et bien que les temps de parcours ne s'améliorent pas. Nulle part. A pied, c'est normal. En métro, il est dommage de constater que Bruxelles reste toujours en retard par rapport à des villes comme Paris, Londres, ou Madrid. L'automatisation arrive à peine alors que cela ne suffira pas. Le nombre de nouvelles stations ouvertes par an reste un mirage. Quant à la voiture, c'est un désastre. Ici, je ne peux pas parler de plan de mobilité mais d'immobilité planifiée. Tous les temps de parcours augmentent, sans alternative crédible. Pire, il n'y a aucune vision d'avenir.

Habitant à proximité de la rue de la Loi, les axes pour sortir de Bruxelles ou rentrer chez moi sont limités aux possibilités suivantes :

  • Pour aller vers l'est, il y a Belliard et la E40, c'est rapide, cela roule bien la plupart du temps. Mais pour revenir, il n'y a que 2 choix : le tunnel du centre et sa longue ligne de feux rouges ainsi que Schuman ou bien le tunnel Montgomery et puis l'avenue de Tervuren. Ce dernier axe qui était fluide vient de devenir un enfer.
  • Pour aller au sud, il y a toujours le ring via la E40, et jusqu'il y a peu le classique « petite ceinture, Louise, Bois de la Cambre, drève de Lorraine, chaussée de Waterloo ». Ce dernier itinéraire n'est plus disponible - merci monsieur le bourgmestre de couper une des voies de sortie de Bruxelles – et le tronçon de la chaussée de Waterloo compris entre la Bascule et le Fort-Jaco qui était déjà surchargé est devenu infernal. Ce trajet est devenu un trajet à éviter. Malheureusement, le nouveau dispositif de fermeture du bois de la Cambre à également des effets nuisibles sur l'avenue Roosevelt et la chaussée de la Hulpe. Grâce à votre initiative non-concertée, rendre visite à ma grand-mère qui habite à côté de l'ambassade d'Irak me prends 20 minutes de plus sur le dernier kilomètre. Rejoindre l'Avenue S' Heeren Huys est devenu un calvaire.
  • Pour aller en Flandre, il a y surtout la petite ceinture puis l'avenue Charles Quint avant d'arriver sur le ring ou l'autoroute. Les rénovations – oh combien nécessaires - des tunnels ont démontrés que sans eux, rejoindre l'ouest et le nord du pays prends entre 3 et 5 fois plus de temps. L'avenue Charles Quint reste – elle -un exemple de gâchis et de manque de vision.
  • Le dernier itinéraire passant par la gare du Midi pour aller rechercher le ring à Anderlecht est tout sauf fluide. Mais comme avant, c'était le seul, je pouvais facilement l'éviter.

Alors en constatant une augmentation des temps de parcours en voiture, sur quasiment tous les tronçons, et à n'importe quelle heure du jour, je ne peux que m'interroger sur la pertinence de vos politiques de mobilité, sur les solutions - que vous ne proposez d'ailleurs pas - à court terme, ni sur la vision à 10 ans ou 15 ans (oui, je sais, c'est au-delà de votre mandat, donc sûrement, ce n'est pas ce qui vous préoccupe le plus).

Bien sûr, il y a le fameux vélo. Et de fait, le vélo convient à certains et pour certains types de déplacements. Mais il ne convient ni à tous, ni à chaque fois et certainement par pas tous les temps. A ce sujet, les statistiques publiées montrent que les pics d'utilisation du vélo ont souvent lieu le weekend de beau temps ; pas en semaine et certainement pas les jours de pluie, de froid, de vent... Mais bon, je suis d'accord que le vélo doit avoir sa juste place. Manifestement, nous ne sommes pas d'accord sur la portée du mot « juste ». Au moins une place qui ne soit pas disproportionnée entre le nombre de cyclistes réguliers et l'espace public disponible me semblerait plus juste.

J'ai également entendu le terme de « ville apaisée ». Et ici, j'avoue que je ne sais pas ce que signifie ce terme en parlant de mobilité. Voulez-vous dire « figé » ? Immobilisé ? Embouteillé ? Déserté (comme le Bois de la Cambre en semaine) ? Bloqué ?

Et je ne parle pas des sentiments aussi bien des automobilistes que des cyclistes. Ici également, le terme apaisé ne convient pas. Les automobilistes se sentent clairement frustrés et énervés d'être la cible d'un bashing disproportionné (la voiture, c'est mal), de mesures de répressions grandissantes (limitations de vitesses ineptes, taxes à l'entrée de Bruxelles, places de parking supprimées...), frustrés également de voir le comportement incivique et dangereux d'une frange de cyclistes qui ne respectent pas le code de la route et qui se sentent pousser des ailes car en ce moment, on leur donne tous les droits, beaucoup d'espace et aucune contrainte ou responsabilité supplémentaire. (D'ailleurs, à quand une immatriculation des vélos ? Avec contrôles de vitesse et taxes de circulation). Et ce sentiment de frustration persiste quand nous sortons de notre voiture et allons à pied. Il m'est arrivé trop souvent de me faire rouler sur les pieds par un cycliste en traversant une rue à un passage pour piétons vert pour moi. Clairement, le mot « apaisé » ne s'applique pas aux relations entre ces groups d'usagers de la route. Et clairement, vous avez une responsabilité politique dans cette situation.

Et si nous parlions du futur ? Comment voyez-vous la mobilité dans et autour de Bruxelles ? Je dis aussi « autour » car Bruxelles ne peut pas être dissociée de son hinterland. Aurons-nous un jour ce fameux RER ? Un maillage des gares avec des correspondance intra-Bruxelloises ? Un vrai métro bien développé ? Une mobilité sur plusieurs étages avec des piétons en hauteur sur des passerelles garnies de verdure par exemple ? Des drones pour les livraisons voire comme taxi ? Et pour les voitures ? Électriques ? à hydrogène ? autonomes et partagées ? La voiture sera toujours présente dans 10 ans et elle aura besoin d'infrastructures (routes, tunnels, parking, gestion des flux...) bien pensées. Actuellement, quand je m'infirme, la seule vision que je reçois en termes de future de la mobilité à Bruxelles est la suivante : pas de voiture, pas d'alternative.

Sur base de cet amer constat, je me demande si des gens comme moi sont encore les bienvenus à Bruxelles. Dois-je continuer à essayer d'y vivre, de m'y déplacer et de la faire vivre, ou dois-je déjà dès à présent regarder en dehors de Bruxelles et m'installer en Flandre ou en Wallonie ?

J'espère que cette lettre fera réfléchir car si les gens comme moi se mettent à douter du futur de Bruxelles, cela risque certainement d'avoir des impacts économiques, sociaux et environnementaux négatifs pour Bruxelles. Ce serait certainement un gâchis mais dont nous serions également victimes, poussé en dehors d'une ville qui ne voudrait plus de nous.

Je vais m'arrêter ici et ne pas épiloguer sur l'aspect écologique entre une voiture thermique ou électrique, ou sur un vélo électrique, sur les mises en oeuvre souvent emprunte d'amateurisme de certaines idées non-concertés (piétonnier, Bois de la Cambre, zone 30 généralisée, gestion des places de parking...) mais il est dommage de voir que dans ce pays, on crée plus de problèmes que l'on en résout.

J. S.

Nous rejoindre

Pour être régulièrement tenu(e) au courant de l'avancement de la situation, ainsi que de toutes nos actions!

Chargement